Bruxelles ma belle

Bruxelles ma belle. Tu m’as vue naître, tu m’as vue grandir. Tu m’as vue tomber amoureuse et ces derniers temps tu me vois parfois pleurer pour un miracle que j’espère au creux de mon ventre.

Mais Bruxelles ma belle, aujourd’hui, je ne pleure plus pour moi. Je pleure pour toi. Pour t’avoir vue plonger en enfer. Pour t’avoir vu à genoux. Oh bien sûr, les autres s’entêtent à le répéter : tu vas te relever. En réalité, rien ne sera plus jamais pareil. Il te faudra du temps pour reconstituer le puzzle de ton cœur brisé.

 

Ce mardi 22 mars 2016, ma ville a été touchée par ce que beaucoup d’entre vous avez déjà vécu. Les attentats de Paris m’ont bouleversée, ils ont bouleversé tous les Belges. J’ai pleuré pour Charlie, j’ai pleuré pour le 13 novembre. Nous avons tous pleuré. Nous savions qu’un drame risquait de survenir chez nous aussi. Je ne prenais d’ailleurs plus le métro depuis plusieurs mois. Mais ce 22 mars avait commencé comme tous les autres jours. Je m’étais levée tôt, j’étais arrivée à l’école à l’avance pour faire des photocopies et j’avais rigolé avec mes collègues en salle des profs. J’avais commencé à donner cours : la rédaction d’une synthèse sur les mesures et grandeurs. Et puis ma collègue est venue m’avertir, téléphone en main, qu’il y avait eu un attentat à Zaventem, notre aéroport. Je n’y croyais pas, je ne réalisais pas. Jusqu’à ce qu’elle revienne une demi-heure plus tard : une deuxième bombe avait explosé dans le métro. J’ai directement pensé à mon S. Je l’aime tellement. J’ai pensé à lui, à mon père qui travaille en ville, à mon frère qui y vit et à mes amis. Parce que Bruxelles est notre ville à tous. Pas moyen de passer de coups de fil, le réseau est saturé. Alors on envoie des messages auxquels on espère des réponses immédiates. Les réponses espérées sont arrivées. J’ai repris mon souffle. Même si mon S. n’était pas bien loin et avait dû sortir précipitamment du tram.

Après tous ces messages de peur, il y a eu des messages d’amour. Parce qu’on s’aime et que c’est précisément ça qui énerve. Et puis il y a eu de la musique rock, parce que ça aussi ça énerve.

 

Je n’ai perdu personne dans ces attentats. Mais j’ai des connaissances qui étaient dans le métro. Puis il y a tout ceux que je ne connaissais pas. Et au fond, qu’est-ce que ça change ? Des gens comme nous, pour qui la journée du 22 mars avait certainement commencé comme tous les autres jours. Des gens qui voulaient aller travailler, aller en cours. Des gens qui avaient certainement embrassé, quelques heures plus tôt, ceux qu’ils aimaient. Des gens qui se sont souri dans la rame. Des gens qui ont écouté leur morceau préféré en tapant leur main sur leur cuisse. Des gens qui avaient des projets, plein de projets.

Nous, qui n’y étions pas, somme bien incapables d’imaginer quoi que ce soit de ce qui s’est passé. Le bruit, le souffle, l’odeur, les cris, le noir.

 

Mais nous sommes capables d’imaginer l’avenir.

Bruxelles ma belle, regarde les minutes de silence, les bougies, les mots écrits à la craie sur tes rues. C’est là que se trouvent les pièces du puzzle.

 

Bruxelles ma belle, il faut que tu redeviennes celles que Jacques Brel chantait.47471_10153909854447597_7000770722102325751_n

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