Un brin d’histoire

« Le miracle s’est produit, et Cécile a reçu non pas un enfant, mais son enfant, celui qu’elle attendait, celui qui, de tout temps était préparé pour elle ». (G. Duhamel).

Cette pensée m’a rassurée pendant notre parcours PMA. L’idée que tout était écrit. Que notre bébé nous attendait au bout de ce chemin-là. Bon j’aurais clairement préféré l’autoroute aux sentiers serpentés de montagne, mais cette pensée me permettait de dormir un petit peu plus sereinement. Toute la question est donc de croire ou non au destin. Assez bizarrement, je crois qu’on est maître de sa vie. On a le choix. Mais pas pour tout…

Je n’écris que très rarement, et pourtant je passe quotidiennement sur de nombreux blogs. Je ne commente presque jamais, non pas par désintérêt mais parce que j’ai l’impression de ne jamais trouver les mots justes… Notre parcours en PMA a été intense mais court. Une bonne année pour que je tombe enceinte. Quelle légitimité ai-je face aux souffrances de celles qui attendent un train en retard depuis plusieurs années ?

Pourtant, j’ai envie d’écrire. Sur nos difficultés et bien entendu sur notre petit M. Alors aujourd’hui, j’ai décidé de raconter mon histoire, notre histoire. Parce que peut-être qu’une nana passera par ici, cherchant une touche d’espoir, et y trouvera alors du réconfort.

 

Ca fait maintenant 8 ans que mon S. et moi sommes ensemble. Rencontrés à l’université, à une soirée étudiante, le démarrage n’a pas forcément été simple et pourtant je crois que, dès le départ, lui comme moi savions que nous nous apprêtions à vivre quelque chose de spécial.

Après avoir emménagé ensemble et m’être lancée dans une nouvelle formation, nous sommes prêts à avoir un bébé. Les nanas autour de moi tombent enceinte en regardant leur mec dans les yeux. Alors je me dis que, l’infertilité étant bien présente dans notre monde à la con, elle sera sans doute pour nous. Bingo. J’arrête la pilule mais rien ne se passe. Oh bien sûr, au départ, naïvement, je me suis dit que moi aussi, peut-être, j’étais de celles à tomber enceinte au premier coup. Mes premiers tests de grossesse confirmeront mes appréhensions : ils me reviennent négatifs. Pas de bébé, pas de règles. Ca pue les soucis.

Après consultation de mon gynéco, qui me dit qu’on voit plein de follicules à l’écho mais ne veut pas me donner de traitement (wtf ?), je décide de consulter ailleurs. Et là, je tombe sur une perle, la perle de Bruxelles. Docteur H. Oui je suis OMPK, donc oui on tente le clomid. Nous sommes en mars 2015.  Pas d’ovulation, on augmente les doses. Toujours rien. Enfin si, un beau gros kyste qu’on soupçonne être un kyste d’endométriose. Mais heureusement, plus de peur que de mal, il n’en sera rien.

On passe aux injections de puregon. Réaction explosive. 40 follicules matures, évidemment on ne déclenche pas et interdiction d’avoir des rapports. Par la suite, il est très compliqué de trouver la dose permettant d’obtenir de beaux follicules matures sans en avoir trop. Docteur H. me parle d’ovaires « on-off », tout ou rien. Alors elle me conseille le drilling, c’est-à-dire une opération consistant à faire des trous dans mes ovaires pour réduire le nombre de follicules et permettre à celui qui décidera enfin de se bouger les fesses de sortir de là pour faire son petit bonhomme de chemin. Je passe donc sur le billard. Petit tour du propriétaire en prime : les trompes sont parfaites, le nid semble douillet. Manque plus qu’un œuf.

Après le drilling, je retrouve des cycles naturels. Nous sommes en novembre 2015.  Quel bonheur ! Je me lance rapidement dans les tests d’ovulation, qui semblent s’être passé le mot avec ceux de grossesse : négatifs. Je suis dépitée et j’en ai plus que marre. Alors je laisse tomber les tests et je me dis qu’on verra bien.

Février 2016, je tombe enceinte naturellement. 10 jours après la fantastique nouvelle, j’apprends que c’est un œuf clair. Nous sommes anéantis. Pas de bébé en 2016. J’éprouve un terrible sentiment d’injustice. Je suis en colère. En colère contre notre malchance et contre tous ceux qui ont ce que nous n’avons pas. J’en veux à certains de nos amis, à certains membres de nos familles. Ils sont maladroits, leurs mots m’énervent ou m’attristent. En même temps, rare sont ceux dont les paroles trouvent grâce à mes yeux. La déprime s’installe, je n’ai plus le goût à rien.

Retour chez Docteur H. Je veux reprendre les traitements, elle me dit que les dosages sont vraiment compliqués et craint que le drilling n’ait pas arrangé les choses. Mes cycles commencent déjà à s’allonger. Je pleure. J’ai l’impression qu’on n’y arrivera jamais.

Je recommence tout de même le puregon. La réponse est positive ! Les dosages sont plus simples. Le premier cycle nous offre une belle ovulation mais pas de bébé. Le deuxième sera le cycle gagnant.

28 juin 2016, j’apprends que je suis enceinte.

21 février 2017, notre petit M. arrive dans nos vies…

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Les pleurs de bébé [MILK]

Notre petit M. a eu trois semaines hier. Trois semaines de bonheur intense, rythmées de bisous et de sourires.

Trois semaines durant lesquels les premières inquiétudes sont également apparues : il ne prend pas assez de poids, il a trop chaud, trop froid, il a mal quelque part, il lui faut plus de câlins,… Bref, toutes des « angoisses » qui, j’imagine, sont communes à bien des parents.

Car, quoi de plus compliqué que de décrypter les pleurs de son bébé ? Mais il y a l’instinct maternel me direz-vous ! Oui bah non. Quand mon bébé pleure, je ne sais pas forcément pourquoi. Dans un premier temps, je me dis qu’il a faim. Et puis je me rends compte que le dernier biberon a été donné peu de temps auparavant, et que donc ça ne peut pas être ça. Oui mais qu’a-t-il alors ? Je vous pose la question ! Il a peut-être vraiment trop chaud ou trop froid, ou alors veut-il un câlin ? Ou pire… A-t-il mal quelque part ? Parce que mon petit M. se tortille parfois à la fin de son biberon. Il pousse, devient rouge, pleure un peu et puis s’arrête. Serait-ce des coliques ? Certains me disent que oui, certainement, d’autres que non, qu’il ne s’agit que de son système digestif qui n’est pas encore mature et qui lui mène donc la vie dure. Du coup, je suis un peu perdue et j’ai surtout très mal au cœur face aux pleurs de mon petit bout.

J’espère trouver une solution rapidement, histoire de le soulager un maximum, car même dans son sommeil il semble parfois souffrir d’inconfort…

Avez-vous connu la même chose avec vos petits choux ?

(Des roses) et un petit chou

Neuf mois et des poussières que je n’ai pas écrit. Neuf mois durant lesquels je n’ai pas oublié la PMA. Mais neuf mois durant lesquels les douloureux souvenirs ont tout doucement laissé place à une délicieuse euphorie. Celle de nous imaginer, mon S. et moi, devenir une famille. Nous en avons rêvé pendant longtemps, nous avons traversé des tempêtes, soulevé des montagnes, pour finalement apercevoir un soleil éclatant derrière tous ces nuages.

Notre petit M., l’amour de nos vies, est arrivé parmi nous il y a 10 jours.

Depuis 10 jours, nous sommes devenus un Papa et une Maman.

C’est l’histoire d’une nana qui en a gros

C’est l’histoire d’une nana qui en a RAS-LE-BOL. Elle en marre de voir que TOUTES les nanas (ou presque) qui l’entourent tombent enceinte.

Elle en a plein le cul (oui oui la nana peut être vulgaire) d’assister à toutes ces annonces, de sourire en s’exclamant: « Wouaaaah, c’est supeeeeer félicitations!!! » alors qu’elle sent ses yeux qui s’alourdissent.

Ca lui court sur le haricot qu’avoir un bébé semble être un jeu d’enfants pour TOUT LE MONDE, sauf pour son couple.

Elle en a plein le dos de voir des poussettes et des ventres sur le point d’exploser.

Elle en a plein les basques que son tour ne soit pas encore arrivé et elle aimerait bien que la roue-tourne-va-tourner passe la deuxième histoire d’accélérer le mouvement. Parce qu’aujourd’hui, au détour d’une conversation qu’elle croyait anodine (naïïïve qu’elle est), elle a appris que la fille d’un collègue était enceinte ! Bon sang d’bonsoir, mais c’est bien sûr !

En fait, la nana elle en peut plus de ne même plus réussir à se réjouir pour les autres. Même pour sa meilleure amie. Parce qu’avant d’être contente pour toutes ces filles, elle est d’abord très triste pour elle. Elle ne supporte plus d’avoir l’impression de crier sous l’eau à chaque « heureux événement ».

En résumé, elle en a gros.

 

 

C’est l’histoire de la voisine et de son bébé

C’est avant tout l’histoire d’une nana qui a appris aujourd’hui que ce ne sera pas pour cette fois-ci. Après une stimulation de rêve et des rapports quand il le fallait, elle espérait un petit peu. Mais sans trop se prendre la tête. Et ce matin, après un détour par la case pma, elle a appris que la magie n’avait pas opéré. Elle s’en doutait un peu, les signes annonciateurs étaient arrivés en force. Elle n’est pas triste, juste un peu déçue.

Mais c’est aussi l’histoire de la voisine. La voisine, elle habite dans le même immeuble que la nana (forcément hein). Elle était enceinte et de toute évidence elle a accouché. De toute évidence parce que quand la nana était au téléphone avec sa mère en train de lui expliquer que c’était loupé, la voisine a débarqué avec son nouveau-né sur le trottoir, devant l’immeuble. La nana pense qu’elle revenait de la maternité. Ça lui a fait mal au cœur, à la nana. Parce qu’elle se verrait bien avec son petit bébé sur le trottoir, devant l’immeuble, à regarder son S. porter leurs affaires vers leur nouveau chez eux.

La nana et la voisine ont eu des journées bien différentes aujourd’hui. L’une a eu plus de chance que l’autre.

Mais la nana ne se décourage pas. En fait, c’est plutôt l’inverse (entre quelques séances de larmes, sinon c’est pas du jeu) parce qu’elle se dit que le prochain bébé de l’immeuble, ce sera le sien.

 

 

 

Culpabilité et annonce

Lorsque j’ai fait ma fausse couche, nous en avons parlé autour de nous. Mon S. l’a dit à certains de ses amis et à une partie de sa famille, et j’ai fait de même. Je l’ai annoncé à ma meilleure amie qui a été une oreille très attentive, comme toujours. Assez bizarrement, elle n’était pas au courant de nos essais et de nos problèmes. Pourtant, d’autres personnes moins proches, comme certaines collègues, savaient ce que nous vivions. Mais lorsque j’ai fait ma fausse couche, j’ai voulu lui en parler parce que je savais qu’elle pourrait m’écouter et m’aider. Et c’est exactement ce qu’elle a fait.

Mais voilà, elle aussi essayait d’avoir un petit bout. La différence ? Elle est tombée enceinte pratiquement tout de suite. Elle me l’a annoncé très rapidement, je sais qu’elle était désolée de la tournure des événements. Et moi là dedans ? J’ai eu l’impression qu’on étouffait mon cœur, qu’on le réduisait à néant. Un cœur réduit en miettes. Je n’ai rien laissé paraître, enfin je crois. Je l’ai félicitée, lui ai dit que c’était la vie, que c’était comme ça. Elle m’a dit qu’elle espérait que nos petits n’aient pas trop d’écart. Que répondre à cela ? Il n’y a rien à répondre, rien du tout. De toutes façons, avec la gorge nouée, on ne peut pas marmonner grand chose. Parce que plus d’une fois, j’ai quand même dû ravaler mes sanglots.

Aujourd’hui encore, je trouve tout cela très injuste. Elle a réussi facilement là où moi j’échoue. Et je ne sais pas comment je vais gérer cette nouvelle situation. Elle est mon amie, je lui souhaite tout le bonheur du monde, elle le mérite bien. Mais je me sens incapable de l’écouter parler de ses échos, de ses maux de femme enceinte, du pratico-pratique à mettre en place pour l’arriver du bébé. J’en suis tout simplement incapable. Bien évidemment, je ne veux pas la perdre, du coup, je ne vois pas comment gérer.

Gérer ces nouveautés et puis ma culpabilité. Parce qu’elle est toujours là, tapie dans l’ombre, à me rire au nez. Je m’en veux de ne pas être capable de simplement me réjouir du bonheur des gens. Je m’en veux d’en vouloir à la terre entière.

 

 

De l’espoir à la pelle

Il y a quelques mois, en début d’année, j’écrivais sur l’espoir. Je disais que 2016 serait notre année. Et oui, j’en était convaincue : après la pluie, le soleil. Un soleil brûlant qui viendrait réchauffer nos cœurs. Un printemps sublimé après un hiver un peu trop long. Ce fameux article, je l’écrivais le 22 janvier.

Le 22 février, j’apprenais que j’étais enceinte. Je pensais bien avoir du retard mais je n’avais pas osé faire de test. J’avais trop peur de cette solitude glaciale qui vous frappe en plein cœur lorsque, assise sur le rebord de votre baignoire, comme on est assis sur le quai d’une gare, le négatif vous prend à la gorge. Alors j’avais fait une prise de sang. C’est mon S. qui avait décroché lorsque le labo nous avait appelés pour nous donner l’heureuse nouvelle. C’est lui qui m’a annoncé ce que nous attendions si ardemment. Je n’ai pas réalisé tout de suite. Mais j’ai directement pensé à Noël : plus de fêtes pleines de mélancolie, enfin de la joie à haute dose. Ce soir-là, en allant me coucher, je me suis dit que, voilà, on y était, la galère était derrière nous et qu’on avait finalement eu de la chance que ça aille si vite. Parce que oui, un an après l’arrêt de la pilule, c’était une vraie victoire. Et puis ça avait fonctionné trois mois seulement après le drilling, tout ça naturellement. L’extase.

D’espoir en désespoir, nous avons perdu notre nouvelle joie de vivre. Un œuf clair. Une douleur que je ne connaissais pas. Une peine qui vous immobilise. Et une cruauté que je ne comprends pas.

J’étais enceinte et je ne le suis plus.

Alors maintenant, je retourne à l’hôpital avec mes doses de Puregon sous le bras. Et malgré tout ça, malgré le fait qu’il n’y aura pas de bébé né en 2016, je crois toujours que cette année nous apportera de jolies nouvelles.

Parce qu’après la pluie, le soleil. Un soleil brûlant qui viendra réchauffer nos cœurs.