De l’espoir à la pelle

Il y a quelques mois, en début d’année, j’écrivais sur l’espoir. Je disais que 2016 serait notre année. Et oui, j’en était convaincue : après la pluie, le soleil. Un soleil brûlant qui viendrait réchauffer nos cœurs. Un printemps sublimé après un hiver un peu trop long. Ce fameux article, je l’écrivais le 22 janvier.

Le 22 février, j’apprenais que j’étais enceinte. Je pensais bien avoir du retard mais je n’avais pas osé faire de test. J’avais trop peur de cette solitude glaciale qui vous frappe en plein cœur lorsque, assise sur le rebord de votre baignoire, comme on est assis sur le quai d’une gare, le négatif vous prend à la gorge. Alors j’avais fait une prise de sang. C’est mon S. qui avait décroché lorsque le labo nous avait appelés pour nous donner l’heureuse nouvelle. C’est lui qui m’a annoncé ce que nous attendions si ardemment. Je n’ai pas réalisé tout de suite. Mais j’ai directement pensé à Noël : plus de fêtes pleines de mélancolie, enfin de la joie à haute dose. Ce soir-là, en allant me coucher, je me suis dit que, voilà, on y était, la galère était derrière nous et qu’on avait finalement eu de la chance que ça aille si vite. Parce que oui, un an après l’arrêt de la pilule, c’était une vraie victoire. Et puis ça avait fonctionné trois mois seulement après le drilling, tout ça naturellement. L’extase.

D’espoir en désespoir, nous avons perdu notre nouvelle joie de vivre. Un œuf clair. Une douleur que je ne connaissais pas. Une peine qui vous immobilise. Et une cruauté que je ne comprends pas.

J’étais enceinte et je ne le suis plus.

Alors maintenant, je retourne à l’hôpital avec mes doses de Puregon sous le bras. Et malgré tout ça, malgré le fait qu’il n’y aura pas de bébé né en 2016, je crois toujours que cette année nous apportera de jolies nouvelles.

Parce qu’après la pluie, le soleil. Un soleil brûlant qui viendra réchauffer nos cœurs.

 

 

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Bruxelles ma belle

Bruxelles ma belle. Tu m’as vue naître, tu m’as vue grandir. Tu m’as vue tomber amoureuse et ces derniers temps tu me vois parfois pleurer pour un miracle que j’espère au creux de mon ventre.

Mais Bruxelles ma belle, aujourd’hui, je ne pleure plus pour moi. Je pleure pour toi. Pour t’avoir vue plonger en enfer. Pour t’avoir vu à genoux. Oh bien sûr, les autres s’entêtent à le répéter : tu vas te relever. En réalité, rien ne sera plus jamais pareil. Il te faudra du temps pour reconstituer le puzzle de ton cœur brisé.

 

Ce mardi 22 mars 2016, ma ville a été touchée par ce que beaucoup d’entre vous avez déjà vécu. Les attentats de Paris m’ont bouleversée, ils ont bouleversé tous les Belges. J’ai pleuré pour Charlie, j’ai pleuré pour le 13 novembre. Nous avons tous pleuré. Nous savions qu’un drame risquait de survenir chez nous aussi. Je ne prenais d’ailleurs plus le métro depuis plusieurs mois. Mais ce 22 mars avait commencé comme tous les autres jours. Je m’étais levée tôt, j’étais arrivée à l’école à l’avance pour faire des photocopies et j’avais rigolé avec mes collègues en salle des profs. J’avais commencé à donner cours : la rédaction d’une synthèse sur les mesures et grandeurs. Et puis ma collègue est venue m’avertir, téléphone en main, qu’il y avait eu un attentat à Zaventem, notre aéroport. Je n’y croyais pas, je ne réalisais pas. Jusqu’à ce qu’elle revienne une demi-heure plus tard : une deuxième bombe avait explosé dans le métro. J’ai directement pensé à mon S. Je l’aime tellement. J’ai pensé à lui, à mon père qui travaille en ville, à mon frère qui y vit et à mes amis. Parce que Bruxelles est notre ville à tous. Pas moyen de passer de coups de fil, le réseau est saturé. Alors on envoie des messages auxquels on espère des réponses immédiates. Les réponses espérées sont arrivées. J’ai repris mon souffle. Même si mon S. n’était pas bien loin et avait dû sortir précipitamment du tram.

Après tous ces messages de peur, il y a eu des messages d’amour. Parce qu’on s’aime et que c’est précisément ça qui énerve. Et puis il y a eu de la musique rock, parce que ça aussi ça énerve.

 

Je n’ai perdu personne dans ces attentats. Mais j’ai des connaissances qui étaient dans le métro. Puis il y a tout ceux que je ne connaissais pas. Et au fond, qu’est-ce que ça change ? Des gens comme nous, pour qui la journée du 22 mars avait certainement commencé comme tous les autres jours. Des gens qui voulaient aller travailler, aller en cours. Des gens qui avaient certainement embrassé, quelques heures plus tôt, ceux qu’ils aimaient. Des gens qui se sont souri dans la rame. Des gens qui ont écouté leur morceau préféré en tapant leur main sur leur cuisse. Des gens qui avaient des projets, plein de projets.

Nous, qui n’y étions pas, somme bien incapables d’imaginer quoi que ce soit de ce qui s’est passé. Le bruit, le souffle, l’odeur, les cris, le noir.

 

Mais nous sommes capables d’imaginer l’avenir.

Bruxelles ma belle, regarde les minutes de silence, les bougies, les mots écrits à la craie sur tes rues. C’est là que se trouvent les pièces du puzzle.

 

Bruxelles ma belle, il faut que tu redeviennes celles que Jacques Brel chantait.47471_10153909854447597_7000770722102325751_n

« Maintenant j’ai grandi, les idées aussi […], et je leur ris toujours au nez. Mais elles m’attendent pour se venger et me manger un jour où je serai très fatigué. Mais moi au coin d’un bois, je les attends aussi et je leur tranche la gorge, je leur coupe l’appétit ».  Jacques Prévert

2015, c’est du passé. C’est déjà derrière. Et lorsque les souvenirs de cette douloureuse année me reviennent, je les rejette d’un revers de main. Elle est parfois frêle, souvent trop petite. Et certaines peines passent entre les filets de mes doigts pour venir me gifler.

Mais j’ai décidé qu’il en serait tout autrement pour 2016. Non, je ne suis pas enceinte. Pas encore. Mais ça viendra, je le sais, je le sens, je serai maman. C’est vrai, j’ai toujours eu, tapie dans l’ombre, cette triste certitude : j’aurai des difficultés pour avoir un petit bébé. On se connait parfois mieux qu’on ne le pense. Mais j’ai toujours su aussi que j’aurais des enfants. De super bébés qui deviendraient de belles personnes. De belles personnes qui feraient de leur vie des merveilles et qui réchaufferaient la mienne pour l’éternité.

Je ne sais pas ce que 2016 nous réserve. Mais je sais que je ne veux plus avoir peur. Je ne veux plus craindre le pire, je ne veux plus que ces pensées sombres ternissent mon quotidien. Je ne veux plus être terrorisée au point d’en devenir superstitieuse.

Je veux de l’espoir, plein d’espoir, pour remplir mes poches à ras bord.

 

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L’annoncer

Il y en a certaines qui se demandent comment annoncer leur grossesse à leurs proches. Et puis il y en a d’autres, comme moi, qui se demandent comment annoncer la PMA. Comment annoncer les difficultés, le parcours, les embûches et surtout les peurs.

Je sais que certains couples gardent cela pour eux. Nous, pas forcément. Nous en avons parlé progressivement, la famille, certains amis.

Ce soir, nous avions un dîner avec plusieurs de nos proches. Des amis. Nous avions décidé de leur dire, de leur expliquer. Au départ, l’objectif était que les conversations « bébé » soient peut-être plus pudiques : un seul couple a un enfant, les autres pas encore (mais ça ne saurait tarder). Donc finalement, il s’agissait d’abord de nous protéger. Et puis malgré tout de partager ce qui nous tient vraiment à cœur.

Nous leur avons expliqué. Cela a été difficile. Et finalement, cela ne m’a pas fait du bien. Je ne me sens pas mieux maintenant. Les réactions n’ont pas été celles que j’attendais, que j’espérais. Entre les « Mais ça ne fait qu’un an » (merci, je sais que ça peut être beaucoup plus long mais deux ovulations en un an ça complique quand même vachement les choses), les « Roh et moi je suis tombée enceinte sous pilule et j’ai avorté, je sais pas ce qui est pire » (Ah ben je peux t’aider, moi je sais ce qui est pire) et les copines qui vous expliquent que ça leur fait vachement peur parce qu’elles ont prévu justement d’arrêter la pilule dans deux mois, ça ne s’est pas passé comme je m’y attendais.

En même temps, je ne sais pas ce à quoi  je m’attendais. Je suis dure, intransigeante et à l’affût du moindre commentaire qui pourrait me blesser.

En résumé, je sais que nos amis ne nous veulent que du bien et que je dois être plus souple.

Néanmoins, je ne suis pas sûre de me confier encore. Parce que finalement, tant qu’on n’a pas vécu la PMA, on ne sait pas ce que c’est. Et quand on ne sait pas ce que c’est, on n’a pas les mots.

« Oh Mrs Dalloway , à faire et à donner des réceptions, pour couvrir le silence »

J’ai peur. Tout le temps. J’ai peur de ne jamais être maman. J’ai peur des échecs. J’ai peur que les traitements ne fonctionnent pas sur moi. J’ai peur d’être celle pour qui ça se complique.

J’ai peur des pleurs futurs parce que les larmes qui ont déjà coulé m’ont abîmée. Il y a des épreuves dont on sort plus fort. Je ne suis pas sûre que celle-ci soit une opportunité de s’élever. J’ai peur des retours à la maison après les mauvaises nouvelles. J’ai peur de ne pas supporter les désillusions.

J’ai peur des annonces de grossesse. Peur qu’on découvre mes sourires forcés, qu’on soupçonne mes sanglots lorsque, une fois rentrée chez moi, j’imagine ces couples vivant leurs premiers instants de bonheur intense. J’ai peur des photos de bébés qu’on me montre enchanté. J’ai peur de mon cœur qui se sert, de ce mur qu’il me faut bâtir pour ne pas entraîner tout le monde dans ma peine.

Et puis j’ai surtout peur du silence. Celui qui refroidit tout, celui qui glace les corps et les cœurs. Ce silence qui vous transperce. Celui qui vous met sur le bas-côté. Celui qui vous murmure que vous êtes à l’arrêt, que le train, vous ne pouvez que le regarder passer.

Ce silence qui vous crie que vous n’avez pas votre ticket.

Ce silence qui chuchote pour finir par se taire. Par s’éteindre. Par m’atteindre. En plein cœur.

Récapitulatif de notre parcours

Retour sur notre parcours :

Décembre 2014 : j’arrête la pilule mais on décide de se protéger jusqu’au début de l’année suivante (bon finalement, on était pas vraiment obligé hein…).

Janvier 2015 : Pas de règles à l’horizon ! Je rends une petite visite à mon gynéco qui me lance un « Mais vous êtes peut-être enceinte ! Faisons une prise de sang !  » Euh ok, mais je n’y crois pas ». Et je fais bien : prise de sang négative et toujours pas de règles.

Février 2015 : retour chez mon gynéco qui me fait une écho : « Vous avez plein de petits kystes sur les ovaires. Rien de grave ». Amour et moi ne comprenons pas très bien, bien que je redoute très vite les OPK (j’en avais déjà entendu parler et ça ne donnait pas envie ». Et à la question : « Peut-on prendre un médicament pour provoquer l’ovulation ? » Le gynéco répond par l’affirmative mais en refusant de me le donner, terminant la consultation par : « Mais vous êtes une gamine, vous n’avez que 29 ans ! « . Il me prescrit du duphaston, pour que mes règles reviennent (je ne comprends pas vraiment l’utilité mais j’exécute).

Mars 2015 : changement de gynéco ! C’est là que je fais la connaissance de GygyMiracle qui m’explique très vite que j’ai des OMPK mais que ce n’est pas grave, qu’il y a des protocoles prêts à nous aider. Début de clomid avec  comprimé. Pas d’ovulation.

Mai 2015 : on finit par trouver la dose qui convient (2 comprimés pendant 7 jours). On déclenche, on croise tout ce qu’on a mais ça ne prend pas. Très grosse déception bien que je m’y attendais un peu. Que ça fonctionne du premier coup reste tout de même très rare. On recommence avec la même dose, sans déclencher cette fois car je pars en vacances.

Juillet 2015 : j’y crois : mes règles n’arrivent pas… Le test est négatif. Mais les faux négatifs ça existe ! Malheureusement en revenant, après plus de 18 jours de retard, la réalité me revient comme un boomerang : kyste fonctionnel. Voilà pourquoi je n’avais pas mes règles. QUE DU BONHEUR. On décide de ponctionner mais l’opération est plus compliquée que prévu : c’est un kyste hémorragique. On attend qu’il se résorbe.

Août 2015 : le kyste a disparu ! Ô joie ! On commence le puregon (75 ui). Première écho de contrôle : la réaction est carrément explosive comme dirait le gynéco qui s’occupe de moi ce jour-là. Plus de 20 follicules mâtures, œstrogènes à plus de 5800. On arrête tout. Heureusement, pas d’hyperstimulation en vue.

Septembre 2015 : on recommence le puregon, on joue (pas sûre que ce soit le terme adéquat en fait) avec les doses. Tout ça est très compliqué, on finit par déclencher mais le follicule dominant est malgré tout petit.  Comme le dit GygyMiracle, mes ovaires sont en mode « on-off ». Soit y’a pas de réaction, soit c’est excessif. Et puis je suis fatiguée de devoir aller à l’hôpital tous les jours. Ben oui, on craint sans cesse que je fasse une hyperstim du coup on surveille au jour le jour. GygyMiracle me voit, plus pâle que pâle (translucide finalement) et dit qu’elle a réfléchi… Le drilling semble être la solution. Je pleure à nouveau. Tout semble sans cesse se compliquer. Et puis finalement, si cela pouvait vraiment nous aider ?

Octobre 2015 : on refait une dernière tentative avec le puregon avant l’opération. Pas de réaction, on stoppe les injections. J’attends l’opération, avec beaucoup d’appréhension…

Et c’est reparti pour un tour !

Après une semaine très éprouvante nerveusement (j’ai eu peur que la piqure de déclenchement n’ait pas fait effet), nous voilà repartis pour une nouvelle stim avec puregon. La dernière n’a pas été une franche réussite (trois follicules pas assez gros, mais on a été contraint de déclencher parce qu’une ribambelle d’autres pointaient le bout de leur nez derrière), alors on a changé le dosage : injection de 37 unités par jour. Oui mais voilà, 37 unités, ça marche pas avec le stylo puregon ! C’est 33,6 ou 41,6… Hier j’ai donc opté pour le 33,6, pareil pour ce soir. Mais demain j’appelle SuperGygy à la rescousse pour lui demander le dosage le plus pertinent. Premier contrôle jeudi prochain, on verra ensuite.

En réalité, je ne me prends pas la tête avec cette stim car on a prévu un drilling fin du mois. Là par contre, je croiserai fort les doigts !